Castors
Le saviez-vous ...
• Les castors sont faits pour travailler sous l’eau. Leurs narines et leurs oreilles sont pourvues de valves qui se ferment durant la plongée. Les grandes dents frontales, ou incisives, du castor sont placées devant ses lèvres, ce qui lui permet de couper et de mâcher du bois sous l’eau sans que l’eau entre dans sa gueule.• Grâce à leurs solides mâchoires et à leurs dents, les castors peuvent couper un arbre de 6 pouces de diamètre en 15 minutes. Un castor peut à lui seul abattre des centaines d’arbres chaque année. Les incisives du castor n’arrêtent jamais de pousser : un vrai cauchemar pour les orthodontistes! Les castors doivent ronger, mâcher et couper quasiment en permanence. L’entretien de leur maison permet donc aux castors de limiter la facture du dentiste
Histoire
D’après le Service canadien de la faune, aucun autre animal n’a eu autant d’influence sur l’histoire d’un pays que le castor sur l’histoire du Canada. Lorsque les Européens commencèrent à s’installer en Amérique du Nord septentrionale, le piégeage des castors était l’une des activités principales : en 1670, la Compagnie de la Baie d’Hudson fut avant tout créée pour le commerce de la fourrure de castor. Malgré le statut quasi légendaire du castor, le piégeage mena la population de castors à deux doigts de l’extinction à la fin du 19ème siècle. Selon les estimations, le Canada accueillait six millions de castors avant que la traite de la fourrure ne commence. À son apogée, près de 200 000 fourrures étaient expédiées chaque année en Europe. Seule l’introduction d’une législation empêcha les trappeurs d’anéantir l’espèce toute entière en Amérique du Nord. Une aide supplémentaire apparut sous la forme d’un mouvement de conservation du castor qui vit le jour à la fin des années 30 à la suite des écrits et des conférences de Grey Owl. La population actuelle s’est, dans une certaine mesure, rétablie mais le piégeage est toujours répandu dans la plupart des régions du Canada.Habitats

Présents dans tout le Canada, on trouve des castors jusqu'à l’embouchure du fleuve Mackenzie et de la rivière Coppermine, dans l’océan Arctique. Le plus souvent, on le rencontre dans les régions boisées, mais aussi dans les régions non boisées là où des arbustes ou des arbres décidus à larges feuilles bordent les cours d’eau. C’est pourquoi, dans l’Ouest du Canada, on trouve aussi des castors le long des ruisseaux dans la prairie aride. Même dans la toundra, les castors, occasionnellement, colonisent les berges arbustives où l’eau est assez profonde pour permettre d’emmagasiner de la nourriture et d’accéder à la tanière sous la glace hivernale.
Des écologistes de première ligne

Les castors sont plus que des animaux fascinants à la queue plate et à la fourrure lustrée. Les Amérindiens appelaient le castor « le centre sacré » de la Terre parce que cette espèce crée de riches habitats pour d’autres mammifères, les poissons, les tortues, les grenouilles, les oiseaux et les canards. Comme les castors préfèrent construire des barrages sur des cours d’eau aux vallées peu profondes, une bonne partie de la zone inondée devient une zone humide. Ces zones humides sont des berceaux pour la vie et leur biodiversité peut rivaliser avec celle des forêts tropicales humides. Près de la moitié des espèces en danger ou menacées d’Amérique du Nord dépendent des zones humides.
« Comme le barrage n’est absolument pas nécessaire à la survie du castor, son habitat courant étant plutôt constitué de mares naturelles et de rivières, et que les terriers sont creusés dans les berges, il est tout à fait remarquable que le castor soit volontairement passé, par le biais de barrages et de mares de sa propre construction, d’un mode de vie naturel à un mode de vie artificiel » Lewis H. Morgan, The American Beaver and his Works [Le castor américain et ses œuvres], New York 1868.
Outre le fait que le castor est une espèce « clé de voûte », il entretient de façon fiable et économique les zones humides qui, en véritables éponges, peuvent absorber les eaux des crues (les barrages successifs construits par chaque colonie ralentissent également les flots des crues), empêchent l’érosion, accroissent le niveau des nappes phréatiques et agissent comme les « reins de la Terre » pour purifier l’eau : la vase s’accumule en amont des anciens barrages construits par les castors et les produits toxiques, comme les pesticides, sont décomposés dans les zones humides créées par les castors. Ainsi, l’eau en aval des barrages est plus propre et nécessite moins de traitement.
Généralités

Les castors sont plutôt actifs le matin et le soir. Leur activité principale est la coupe d’arbres pour la construction ou la réparation des huttes et des barrages, ou pour la nourriture de l’hiver. Ils peuvent abattre de grands arbres (8 cm de diamètre en 5 minutes). Ils utilisent leurs incisives supérieures pour découper une bande tout autour du tronc à hauteur de leur gueule lorsqu’ils se dressent sur les pattes postérieures et la queue. Ils enfoncent leurs incisives inférieures dans le tronc sous la bande et retirent un large copeau de bois. Les arbres sont élagués puis soit traînés jusqu’au site de construction, soit débités en bûches, soit transportés par flottage grâce à un canal creusé par le castor. Le site idéal pour construire la hutte doit être suffisamment profond afin d’avoir de la place pour emmagasiner la nourriture et garder l’entrée de la hutte sous l’eau. Pour garantir le niveau de l’eau d’un cours d’eau, un barrage est construit. D’abord, des arbres non taillés sont allongés là où le cours d’eau se rétrécit de manière à s’enfoncer au fond du lit du cours d’eau. Ensuite, ils étalent une couche de boue et de pierres dont la plus grande partie pénètre entre les branches. Des couches successives de boue et de branches sont ajoutées. Le côté du barrage qui se trouve en amont est imperméabilisé avec de la boue. On a découvert des barrages longs de 1640 pieds et hauts de 13 pieds (500 m x 4 m). Les huttes sont faites d’un enchevêtrement de bûches et de branches maintenues par des pierres et de la boue jusqu’à ce que la construction atteigne 3,3 à 6,6 pieds (1 à 2 mètres) au dessus du niveau de l’eau. Ensuite, le castor va sous l’eau et ronge son chemin à travers la construction et créé des tunnels d’accès et des chambres avec des plateformes de repos surélevées. Si le niveau de l’eau monte et pénètre dans la chambre, le castor ronge le toit et les débris élèvent à nouveau le niveau du sol. L’extérieur de la hutte est enduit de boue à l’exception d’un trou d’aération au sommet.
« … la conscience est une qualité inhérente et essentielle au principe mental. Lorsqu’un castor s’arrête un moment et observe son travail, évidemment pour vérifier si celui-ci est bien fait et si autre chose doit être ajoutée, il se montre capable de porter ses pensées devant son esprit de castor. En d’autres mots, il est conscient de ses propres processus mentaux. » Lewis H. Morgan, The American Beaver and his Works, New York 1868.
Reproduction et développement

Les castors sont généralement monogames mais si l’un des partenaires vient à mourir, l’autre se « remariera ». Les groupes familiaux sont constitués de deux adultes, de plusieurs castors âgés de deux ans et des jeunes de l’année. La maturité sexuelle est à trois ans. La gestation dure 128 jours. Les portées naissent entre avril et mai et comportent 2 à 6 petits. Les petits savent nager quelques heures à peine après être nés. Ils sont sevrés à un mois. La mère transporte les petits dans sa gueule : elle les maintient avec ses pattes antérieures tandis qu’elle marche debout en appui sur ses pattes postérieures et sa queue. Les jeunes quittent la colonie (ou sont contraints à la quitter) à l’âge de deux ans. Les grandes huttes peuvent héberger plusieurs groupes familiaux. La vie de famille fonctionne comme une coopérative : tous travaillent dur à collecter la nourriture, construire et réparer hutte et barrage.
Les castors contraints à quitter l’étang familial voyagent souvent en aval. Là, ils peuvent s’installer, créer un nouvel étang et faire leur vie. C’est ainsi que, sur certains cours d’eau, on peut voir une succession d’étangs au fur et à mesure que des générations de castors quittent l’étang familial. Le piégeage demeure la principale cause de mortalité des castors.
« L’utilisation de la courbe dans les barrages de castors est très commune. Celle-ci a toujours été considérée comme l’expression la plus évidente de l’intelligence de ses constructeurs. » […] « On considère généralement que l’introduction d’une courbe, côté convexe tourné vers l’amont du ruisseau, était le résultat calculé de l’intelligence de ses architectes. Son utilisation précisément là où la pression de l’eau est la plus grande est la preuve qui permet de conclure que le castor avait compris ses avantages mécaniques. On peut toujours se demander si ces courbes furent le résultat d’un accident ou d’un calcul. » Lewis H. Morgan, The American Beaver and his Works, New York 1868.
Adaptations
Physiologiquement adaptés pour la vie aquatique, les castors peuvent rester jusqu’à 15 minutes sous l’eau. Leurs narines et leurs oreilles sont munies de valves qui se ferment automatiquement en immersion. Leurs gueules se ferment derrière leurs incisives : ainsi les castors peuvent continuer à ronger sous l’eau. Leurs yeux sont pourvus d’une membrane qui vient protéger le globe oculaire en plongée. Leur foie est surdimensionné afin d’éliminer rapidement les déchets, leur capacité pulmonaire est étendue et leur tolérance au CO2 est élevée. La circulation sanguine peut être détournée de leurs pattes afin d’assurer l’approvisionnement au cerveau et leur métabolisme peut ralentir pour limiter leur circulation sanguine.