Dragon de mer feuillu
Quiconque a vu un dragon de mer feuillu (Phycodurus equus) ne peut que faire le lien entre cette menue créature vaporeuse et les dragons des contes de fées.Cet animal rare et vulnérable, apparenté à l’hippocampe, a beau mesurer dans les 45 centimètres à peine et vivre dans un élément éloigné de son mythique et féroce cousin, il n’en présente pas moins l’apparence manifeste d’un dragon.
En fait, les dragons de mer appartiennent à la même famille que les hippocampes (Sygnathidæ), mais se distinguent de ces derniers par les appendices en forme de feuilles qu’ils possèdent sur la tête et le corps, et par une queue qui ne s’enroule pas.
Habitant exclusivement les eaux du sud de l’Australie, le dragon de mer feuillu fréquente les zones côtières où abondent les plantes marines. Malheureusement, ces endroits sont de plus en plus menacés par la pollution et les ruissellements d’engrais excessifs.
Ce n’est pas le seul danger qui guette le dragon de mer. On ne lui connaît pas de prédateur au sein de la faune marine, mais il est devenu la cible de « collectionneurs » sans scrupules qui ont fini par dénuder les zones les plus accessibles de l’habitat d’herbes marines de cette extraordinaire créature.
En 1991, le ministère australien des pêches, s’inquiétant de la diminution rapide de la population des dragons de mer feuillus, en a fait une espèce intégralement protégée.
Le dragon de mer n’est pas bien outillé pour échapper à ses poursuivants. La peau externe ou « cuir » du dragon de mer est rigide, ce qui limite sa mobilité, et son seul moyen de locomotion consiste à faire vibrer rapidement ses nageoires ventrales et dorsales.
Par contre, il se fond aisément dans le paysage et est assez agile pour traquer les minuscules mysis ou « poux de mer », qui composent principalement son menu. Pour ces créatures, le dragon de mer a tout d’un chasseur redoutable.
Ce qui est sans doute le plus remarquable chez le dragon de mer est que c'est le mâle de l’espèce qui porte les bébés et les met au monde. Pendant l’accouplement, la femelle pond de 100 à 250 œufs dans une « plaque incubatrice » spéciale située sur la face antérieure de la queue du mâle, où ils sont accrochés et fécondés.Cette plaque incubatrice, formée de cavités fortement vascularisées qui recueillent chacune un œuf, est spécialement fabriquée par le mâle aux fins de la saison des amours, qui commence en août et se termine en mars de l’année suivante. Les œufs roses vifs sont enveloppés dans les cavités de la plaque incubatrice, où de l’oxygène leur parvient grâce aux capillaires de ces cavités.
Dans chaque période de reproduction, les dragons de mer mâles pondent à deux reprises.
Au terme d’une période d’environ quatre à six semaines suivant la conception, le mâle « donne naissance » à des versions miniatures de dragons de mer. Sitôt que le bébé dragon de mer abandonne la sécurité de la queue paternelle, il est indépendant et ne reçoit plus aucune aide de ses parents.
Pendant deux à trois jours après la naissance, les bébés dragons de mer survivent grâce à leur sac vitellin. Ensuite, ils chassent du petit zooplancton, comme des copécodes et des rotifères, jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour s’attaquer à des jeunes mysis.
Le dragon de mer feuillu est l’une des deux espèces de dragons de mer qui peuplent les eaux de l’Australie du sud. Le dragon de mer commun (aux appendices en forme d’algues) (Phyllopteryx tæniolatus) est moins rare et se rencontre partout le long de la côte entre Port Stephens, en Nouvelle-Galles du Sud, et Geraldton, en Australie-Occidentale.