Homard
Références culturelles
Le homard existe depuis environ 500 millions d’années et on le retrouve dans l’art ou la culture populaire de nombreuses cultures. Chez les Romains, les sols en mosaïque représentaient des homards affrontant des pieuvres malignes dans des batailles mortelles. Les guerriers turcs portaient des casques dont la conception s’inspirait de la solide carapace du homard. Également appelé « Zischägge » ou « queue de homard », le casque était doté de plaques d’acier superposées qui couvraient le cou de celui qui le portait, le protégeant tout en laissant passer l’air. Certaines cultures conféraient des vertus aphrodisiaques au homard : puissance et charme pour les hommes, fertilité pour les femmes.
Quelques faits fascinants
• Le homard fait partie des arthropodes. Les insectes, les araignées (arachnides), les centipèdes, les millipèdes, les crevettes, les homards et les crabes (crustacés) sont tous des arthropodes.
• Le homard peut être de différentes couleurs en plus du bleu-vert habituel (sa carapace ne devient rouge que lorsqu’il est plongé dans l’eau bouillante), y compris le bleu, le jaune, le rouge et le blanc. Il peut même avoir deux couleurs : la moitié de sa carapace est d’une couleur, tandis que l’autre moitié est d’une couleur totalement différente.
• Le homard mue (change de carapace) pour grandir, et ce, de quatre à cinq fois par année. Sa taille augmente d’environ 20 % à chaque mue. Après avoir mué, le homard est vulnérable, car sa nouvelle carapace est très molle. Il va alors manger voracement, dévorant souvent la carapace qu’il vient d’abandonner, afin de reconstituer ses réserves de calcium et d’accélérer le durcissement de sa nouvelle carapace. Le homard ne possède pas de dents. Il avale donc ses aliments en entier, laissant à son estomac le soin de les « mâcher ».
• La femelle du homard peut seulement s’accoupler juste après avoir mué. L’espèce a développé une parade de séduction complexe et touchante qui protége la femelle au moment où elle est extrêmement vulnérable. Lorsqu’elle est prête à muer, la femelle s’approche du terrier du mâle et dégage dans sa direction un « parfum » sexuel appelé phéromone. Contrairement à la femelle du papillon, dont les phéromones sexuelles peuvent attirer des dizaines de prétendants au hasard, la femelle du homard choisit son mâle. Elle recherche habituellement le mâle le plus grand dans les environs, et se poste à l’extérieur de son terrier en répandant son parfum. Le mâle sort de son terrier en levant les pinces de manière agressive. Elle répond en engageant un bref combat ou en s’éloignant. Les deux comportements semblent parvenir à contenir l’agression du mâle. La femelle lève ses pinces et les place sur la tête du mâle pour lui faire comprendre qu’elle est prête pour l’accouplement. Ils entrent dans le terrier et, quelques temps plus tard (cela peut aller de quelques heures à plusieurs jours), la femelle mue. À ce stade, le mâle peut s’accoupler avec elle ou la dévorer, mais il agit toujours noblement. Il retourne doucement le corps mou de la femelle pour la mettre sur le dos, en s’aidant de ses pattes marcheuses et de ses pièces buccales, en prenant soin de ne pas blesser sa chair fragile. Ils s’accouplent « avec une douceur touchante, presque humaine », remarque M. Atema. La femelle reste en sécurité dans le terrier pendant une semaine environ, jusqu’à ce que sa nouvelle carapace durcisse. À ce stade, le mâle et la femelle ne sont plus attirés l’un par l’autre, et ils se séparent sans se retourner.
• Selon des descriptions datant de l’époque coloniale, il arrivait alors que les homards vivent jusqu’à 150 ans environ. Comme on pouvait s’y attendre, les débuts de l’industrie de la pêche au homard dans les années 1800 ont provoqué la diminution de l’espérance de vie de l’espèce. Ainsi, le plus vieux homard jamais découvert a vécu 100 ans, et pesait environ 43 livres.
• Le homard a un autre talent caché : il peut régénérer ses pattes, ses pinces et ses antennes. En fait, il peut amputer lui-même ses propres pinces et pattes afin d’échapper au danger. Un homard auquel il ne reste qu’une seule pince est appelé un manchot.
• Le homard, comme l’être humain, peut être gaucher ou droitier : la pince broyeuse peut se trouver à droite ou à gauche.
• La femelle porte ses œufs pendant neuf mois.
• Tout comme le dauphin et de nombreux autres animaux, le homard a recours à des signaux complexes pour s’orienter dans son environnement et établir des relations avec ses congénères.
• Le homard effectue également de longs voyages saisonniers et peut parcourir 160 kilomètres ou plus chaque année (ce qui équivaut pour un humain à rallier à pied Montréal à Ottawa), en admettant qu’il parvienne à éviter les millions de pièges disposés le long des côtes. Malheureusement, le homard est souvent victime de son plus grand prédateur : l’humain.
Le homard ressent-il la douleur?
Cette question a traversé l’esprit de plus d’une personne au moment de plonger un homard vivant dans l’eau bouillante ou de le couper dans la longueur avant la cuisson. Le système nerveux du homard a fait l’objet d’études approfondies puisqu’il est utilisé comme un modèle apparemment « simple » de système nerveux dans un organisme vivant, moins complexe que celui des vertébrés au cerveau très développé. Le homard n’est pourvu d’aucune sorte de récepteur nerveux ressemblant à nos récepteurs de la douleur. Il a cependant des récepteurs de stress.« En tant que zoologiste spécialiste des invertébrés ayant étudié les crustacés pendant de nombreuses années, je peux affirmer que le homard est doté d’un système nerveux plutôt sophistiqué qui lui permet, entre autres, de sentir les actions qui vont lui faire du mal. … Je suis convaincu que [le homard] ressent la douleur. » —Jaren G. Horsley, Ph.D.
Contrairement à ce que prétendent les vendeurs de fruits de mer, il est quasiment certain que le homard, comme tous les animaux, ressent la douleur. La plupart des scientifiques conviennent du fait que le système nerveux du homard est assez sophistiqué. Par exemple, le neurobiologiste Tom Abrams explique que le homard dispose d’un « ensemble complet de sens ». Jelle Atema, spécialiste en biologie marine au Marine Biological Laboratory (laboratoire de biologie marine) de Woods Hole (Massachusetts), et qui est également l’un des principaux experts sur le homard aux États-Unis, dit : « Personnellement, je suis convaincu que les homards ressentent la douleur ».
Il est même probable que le homard ressente une douleur plus forte que l’être humain dans des situations semblables. Selon Jaren G. Horsley, zoologiste spécialiste des invertébrés, « le homard n’est pas doté d’un système nerveux autonome qui le met en état de choc lorsqu’on lui fait mal. Il sent probablement qu’on le découpe. ... Je pense que le homard souffre énormément lorsqu’on l’ouvre avec un couteau ... [et] qu’il ressent toute la douleur jusqu’à ce que son système nerveux soit totalement détruit » au cours de la cuisson.
Toute personne ayant déjà cuit un homard vivant attestera du fait que le homard, lorsqu’on le plonge dans l’eau bouillante, remue follement dans tous les sens et racle les bords du récipient, essayant désespérément de s’échapper. Dans la revue Science, le chercheur Gordon Gunter qualifie cette méthode de cuisson du homard de « torture inutile ».