La chasse aux phoques

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La chasse aux phoques canadienne débute en pleine manifestation - 26 mars 2006

Au moment où il s’apprêtent à prendre les glaces du Canada pour leur chasse annuelle, les chasseurs de phoques font face aux défenseurs des droits des animaux.


Le dimanche 26 mars 2006
Associated Press
Par Phil Couvrette

Golfe du Saint-Laurent – Samedi, première journée de la controversée chasse aux phoques au Canada, les chasseurs ont pris d’assaut la banquise fondante de l’océan Atlantique, où ils ont fait face aux défenseurs des droits des animaux, qui jugent cruel cet abattage annuel.

Lors de cette première journée du volet printanier du plus important massacre de phoques au monde, les manifestants ont esquivé des entrailles de phoques lancées par les chasseurs en colère. Journalistes et activistes ont tenté de s’approcher aussi près que permis de cette chasse, mais leur présence a mis en fureur les chasseurs à la recherche des rares animaux éparpillés sur de petits radeaux de glace à la dérive sur le golfe du Saint-Laurent.  

À un certain moment, un navire de chasse a foncé sur un petit canot pneumatique Zodiac dans lequel se trouvaient des manifestants, et un pêcheur a lancé aux observateurs des intestins de phoque.

« Ils ont lancé des carcasses à notre Zodiac et ils ont fondu sur nous avec leur bateau en essayant de nous faire chavirer dans leur sillage », a déclaré à l’Associated Press Rebecca Aldworth, de la Humane Society.  « C’est un comportement habituel ici; les chasseurs de phoques se croient totalement au dessus des lois. »

Les pêcheurs des collectivités insulaires isolées du Québec et de Terre-Neuve disent que la chasse arrondit leur maigre revenu hivernal, surtout depuis la diminution spectaculaire des populations de morues survenue au cours de la dernière décennie. Ils en veulent aux défenseurs des droits des animaux, qui selon eux ne comprennent pas leurs traditions plusieurs fois centenaires. 

La chasse a rapporté 14,5 millions de dollars l’année dernière, après l’abattage d’environ 325 000 phoques. Les pêcheurs vendent leurs fourrures, principalement à l’industrie de la mode de la Norvège, de la Russie et de la Chine, ainsi que le petit lard pour son huile, soit un revenu d’une soixantaine de dollars par phoque.  

Le gouvernement fédéral maintient que la population de phoques du Canada est vigoureuse et abondante et qu’elle totalise près de six millions d’individus dans le nord de l’Arctique et les provinces Maritimes. 

Les règlements exigent que les chasseurs tuent rapidement les phoques avec un coup de pic ou une balle à la tête. De plus, les petits doivent être âgés d’au moins deux ou trois semaines et avoir perdu leur fine fourrure blanche avant d’être tués.   

Mark Small, président de la Northeast Coast Sealers Coop, pratique la chasse aux phoques au large de Terre-Neuve depuis une quarantaine d’années. Il dit que les activistes ne saisissent pas l’importance de cette activité pour les pêcheurs et leurs familles.

« Je crois que le public canadien réalise qu’il s’agit de populations côtières qui vivent de la mer et dépendent de la chasse pour survivre dans de petites collectivités où il n’y a plus de poissons », a déclaré M. Small à l’AP lors d’un entretien téléphonique à partir de St. John’s. 

Les défenseurs des droits des animaux disent que souvent les pêcheurs écorchent les phoques vivants ou laissent les petits mourir lentement alors qu’ils sont encore conscients.

La Humane Society s’est alliée avec de grandes célébrités, tels Paul McCartney et sa femme, Heather Mills McCartney, qui se sont rendus dans le golfe du Saint-Laurent il y a deux semaines pour être photographiés avec des blanchons nouvellement nés.

Dans un message vidéo envoyé de Londres, les McCartney ont proposé au Canada de mettre fin au massacre en offrant aux chasseurs de phoques un programme de rachat de leurs permis.

Brigitte Bardot, légendaire étoile du cinéma français, était à Ottawa plus tôt cette semaine. Elle s’est dite stupéfaite qu’un pays développé laisse encore se poursuivre une telle pratique, trois décennies après être venue au Canada une première fois folâtrer avec quelques blanchons pour tenter de mettre fin au carnage.

Les températures anormalement douces dans le golfe du Saint-Laurent ont trop aminci la glace, et de nombreux bébés phoques du Groenland semblent s’être noyés, ce qui a poussé les protestataires à demander à ce que le quota de 325 000 captures soit réduit pour compenser les morts naturelles. 

John Grandy, un défenseur de longue date des droits des animaux, qui a survolé la glace à bord d’un avion affrété par la Humane Society afin de surveiller la chasse et de signaler tout abus, a lui aussi dit qu’il y avait moins de jeunes phoques cette année. 

« C’est signe que plusieurs d’entre eux sont morts, ils sont tombés à l’eau avant de pouvoir nager », a déclaré M. Grandy.

Roger Simon, porte-parole du ministère fédéral des Pêches et des Océans, a tenté d’apaiser les inquiétudes au sujet du taux élevé de mortalité naturelle cette année.  

« Il y aura toujours des décès et des noyades », a déclaré M. Simon à la Presse canadienne. 

Les Autochtones et les Inuits ont commencé la chasse commerciale en novembre sur les eaux glacées de l’Arctique canadien; le volet printanier débutera à son tour au large de Terre-Neuve en avril. La chasse sur le Saint-Laurent dure de trois à dix jours, selon les conditions de chasse.     

Martin Dufour, un pilote d’hélicoptère originaire de Québec chargé d’emmener sur la glace les protestataires de la Humane Society, a dit qu’il n’était pas contre la chasse, seulement contre la façon dont les phoques étaient tués. 

« Je ne sais pas pourquoi ils utilisent des pics », a-t-il dit. « C’est brutal et les phoques sont trop jeunes. »

Les chasseurs préfèrent se servir d’un gourdin muni d’une pointe, appelé « hakapik », pour fracasser le crâne des phoques plutôt que de risquer d’endommager la peau avec une balle.

Il suffit de cliquer ici pour en savoir plus sur la cruauté de la chasse commerciale aux phoques.

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