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La tuberculose chez les éléphants

La tuberculose chez les éléphants - Un risque sérieux pour la santé publique

En 1993, l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré que l’épidémie de tuberculose constituait une urgence mondiale. Depuis cette époque, on a identifié 5 souches distinctes de tuberculose chez les humains parmi 8 différents groupes d’éléphants vivant en captivité d’un bout à l’autre des États-Unis. On sait que les éléphants de cirque sont porteurs du bacille de la tuberculose humaine et viennent fréquemment en contact avec le public par le biais des randonnées à dos d’éléphant et des expositions. La maladie est aisément transmissible aux humains et onze préposés de cirque en contact avec les pachydermes ont déjà affiché des résultats positifs à l’épreuve de tuberculose.

Comment les éléphants de cirque ont-ils contracté des souches humaines de tuberculose?

Des rapports traitant de la tuberculose chez les éléphants datent de nombreuses années. Cependant on ne saisit pas entièrement comment la maladie a commencé à être transmise. Les souches de tuberculose retrouvées chez les éléphants en captivité sont entièrement transmissibles aux humains (et vice-versa). Il est donc possible qu’au début les éléphants aient contracté la maladie des préposés du cirque.

On sait que les personnes ayant un système immunitaire déficitaire sont beaucoup plus vulnérables à la tuberculose. Compte tenu du mode de vie traumatique et stressant des éléphants captifs en spectacles, on comprend qu’ils continuent à être contaminés. Les wagons couverts, bondés, humides et sans ventilation et les entrepôts dans lesquels on maintient souvent les éléphants constituent un milieu idéal comme site de reproduction de la tuberculose.

Dans quels cirques les épidémies de tuberculose ont-elles eu lieu?

Depuis 1996, grâce à l’empreinte génétique, des scientifiques au département de l’Agriculture des États-Unis ont identifié 5 souches distinctes de tuberculose humaine dans 8 différents groupes d’éléphants en Californie, en Illinois, en Arkansas, en Floride et au Missouri.

Deux des principaux cirques en exploitation au Canada sont le Super cirque de Montréal (spectacles annuels à Noël au Centre Molson et au Centre Corel à Ottawa), ainsi que le Cirque des Shriners (spectacles chaque été, à travers le Canada). Le Super cirque de Montréal loue des spectacles d’éléphants de la Hawthorn Corporation de l’Illinois. Les Shriners embauchent le cirque Tarzan Zerbini Circus du Missouri pour présenter leurs spectacles. La Hawthorn Corporation loue également ses spectacles d’éléphants et de tigres au cirque Tarzan Zerbini et à plusieurs autres cirques ambulants.

La Hawthorn Corporation

La Hawthorn Corporation, située à Richmond, en Illinois, est une entreprise qui loue des éléphants et des tigres à des cirques ambulants et pour d’autres événements. En 1997, chez Hawthorn, le troupeau entier d’éléphants, au nombre de 18, a été mis en quarantaine pour le traitement de la tuberculose. Le département de l’Agriculture des États-Unis a déterminé que quatorze des dix-huit éléphants avaient « très probablement » contracté la maladie. On a pensé de façon raisonnable que les quatre autres éléphants étaient à risque faible ou modéré de développer la tuberculose. Quatre des éléphants chez Hawthorn sont morts de cette souche humaine contagieuse de tuberculose. Deux des pachydermes, Joyce et Hattie, ont été forcés de donner des tours à dos d’éléphant aux enfants jusqu’à leur mort en 1996. L’autopsie de Joyce a démontré que l’infection était à un stage avancé et que de 80 à 90 % de ses poumons avaient été détruits. On ignore combien de gens ont été infectés après avoir assisté aux spectacles de Hawthorn, mais onze de leurs employés ont eu des résultats positifs à l’épreuve de tuberculine.

Le cirque Tarzan Zerbini

En janvier 1997, un document interne du département de l’Agriculture des États-Unis a révélé que les animaux du cirque Tarzan Zerbini auraient été vraisemblablement en contact avec les éléphants de Hawthorn, dont les résultats à l’épreuve de tuberculine étaient positifs. En novembre 1999, on a mis deux éléphants utilisés par Tarzan Zerbini en quarantaine, aux fins de dépistage. En juillet 2002, Agriculture Canada a ordonné la quarantaine et la déportation des éléphants de Tarzan Zerbini. Ces pachydermes faisaient partie du spectacle du cirque des Shriners à travers le Canada. On a révélé que ces éléphants avaient été exposés à plusieurs reprises à un éléphant dont le test à la tuberculose était positif. On en a conclu que ces éléphants posaient un risque pour la santé publique. Les éléphants ont été retournés aux quartiers de Zerbini au Missouri, pour traitement. Fait à noter, les éléphants de Tarzan Zerbini ont été en spectacle à plusieurs endroits au Canada, dont Windsor et London, avant d’être renvoyés aux États-Unis. Il a également été confirmé que des tours à dos d’éléphant avaient été offerts aux enfants dans au moins quelques-unes de ces villes.

Puis-je contracter la tuberculose d’un éléphant de cirque contagieux?

Oui. Quoi que contracter la tuberculose ne soit pas évident (l’incidence de contagion est reliée au degré d’exposition), personne ne peut garantir que vous ne développerez pas la maladie au contact d’un éléphant contaminé. Il n’y a aucun moyen de s’assurer qu’un éléphant en particulier n’est pas contagieux à un moment donné puisque les tests ne sont administrés qu’une fois l’an (voir ci-dessous). Le fait que le Canada ait déporté des éléphants exposés à la tuberculose démontre qu’on considère ces animaux comme risques potentiels pour la santé.

Même s’il existe peu d’études sur la transmission aux humains de la tuberculose chez les éléphants de cirque, il faut noter qu’au moins 11 préposés chez Hawthorn ont eu des résultats positifs à la tuberculose suivant l’éclosion de l’inspection chez les animaux. Il est malheureusement difficile d’identifier les personnes qui ont contracté la maladie au cirque, puisque la tuberculose peut se développer des semaines ou des mois suivant l’exposition à la maladie. Il est possible qu’on ne sache jamais le nombre de personnes atteintes.

Vu le sérieux de l’épidémie mondiale de tuberculose, le Réseau Action Globale croit que les gouvernements font preuve d’irresponsabilité en permettant à l’industrie du cirque de continuer à exhiber des animaux exposés à la tuberculose à des fins aussi frivoles que le simple divertissement.

Comment déterminer si un éléphant souffre de tuberculose?

Pour déterminer un résultat  positif à la tuberculose chez un éléphant, on administre une épreuve, le « lavage interne de trompe ». On enseigne aux éléphants à aspirer une solution saline par la trompe et à la retourner dans un contenant. On envoie ensuite l’échantillon à un laboratoire où le bacille de la tuberculose peut être isolé (lors d’un test positif). Si l’épreuve est positive, tous les éléphants qui ont été en contact avec l’éléphant à épreuve positive doivent subir la même épreuve et un traitement. Pour de plus amples renseignements sur les procédures de contrôle, prière de consulter USDA Guidelines for the control of Tuberculose in Elephants.

Est-ce que l’épreuve est concluante?

Non. Le département de l’Agriculture des États-Unis avoue que l’épreuve ne constitue pas une épreuve déterminante du fait qu’un éléphant soit ou non positif à la tuberculose. Tel qu’il est indiqué dans les lignes directrices du département de l’Agriculture des États-Unis à propos du contrôle de la tuberculose chez les éléphants :

« Il y a peu d’information sur la fiabilité des tests de diagnostic ante-mortem (avant la mort) de tuberculose chez les éléphants. »

En premier lieu, l’épreuve de lavage interne de trompe pose de nombreux problèmes. Un éléphant pourrait être contagieux un jour mais son épreuve pourrait se révéler négative le lendemain. Les résultats des tests n’arrivent qu’après six à huit semaines, de sorte que l’éléphant peut déjà être en route avant la confirmation du laboratoire attestant qu’il est effectivement  contagieux. De plus, ce sont les vétérinaires du cirque, et non le département de l’Agriculture des États-Unis, qui voient à l’administration des tests. Il n’y a donc aucune garantie que les résultats n’ont pas été trafiqués ou que les tests ont été administrés correctement. Comme il en coûte environ 50 000 $ pour traiter un animal et qu’un éléphant ayant un résultat positif à l’épreuve de tuberculose ne peut participer à un spectacle pendant au moins six mois, il y va donc de l’intérêt financier du propriétaire du cirque de recevoir des résultats négatifs.

Les éléphants ne sont-ils pas guéris de la tuberculose lorsqu’on leur permet de reprendre la route?

Les éléphants à résultat positif pour la tuberculose sont traités selon un protocole mis au point par un groupe de travail du département de l’Agriculture des États-Unis. Le protocole pose plusieurs problèmes, dont le fait que la présence de la tuberculose chez les éléphants soit un phénomène plutôt nouveau. Par conséquent, le traitement est actuellement à un stade expérimental. L’une des plus grandes difficultés réside dans la nécessité de faire accepter le traitement par les pachydermes (ils refusent souvent d’avaler les pilules amères).

L’infection contagieuse généralisée de tuberculose se manifeste souvent lorsque le système immunitaire est à son plus bas. Chez Hawthorn, on maintient les éléphants dans des conditions extrêmement pénibles et anormales. On les bat et souvent on leur refuse nourriture, eau et exercice. Les éléphants de Hawthorn voyagent souvent dans des camions sans chauffage et sans ventilation. Ils sont enchaînés pendant la majeure partie de leur vie. Il semblerait que le stress qu’ils subissent tout au long de leur vie favoriserait l’affaiblissement de leur système immunitaire ainsi que l’éclosion d’infections à répétition de tuberculose transmissible.

L’Organisation mondiale de la Santé déclare également qu’un traitement de la tuberculose mal administré peut créer de nouvelles souches de la maladie, résistantes aux médicaments. Le département de l’Agriculture des États-Unis a suivi plusieurs cas de tuberculose résistants aux médicaments chez les éléphants. Fait significatif : la Hawthorn Corporation a été citée à deux reprises par le département de l’Agriculture des États-Unis à la suite de la quarantaine initiale pour avoir omis d’administrer le traitement prescrit selon le protocole.

Les éléphants ne sont-ils pas soumis à des tests réguliers pour déterminer s’ils sont contagieux?

Le département de l’Agriculture des États-Unis exige qu’un éléphant ayant déjà été traité pour la tuberculose soit soumis à une épreuve annuelle pour démontrer qu’il n’est pas présentement contagieux. Cependant, même si les tests sont faits de façon exacte, ils n’offrent pas de garantie que les animaux ne deviendront pas contagieux en quelque moment que ce soit. La tuberculose infectieuse peut démontrer une recrudescence subite sans préavis et présentant peu de symptômes visibles chez l’éléphant. Si un animal subit une épreuve durant un certain mois, il n’existe aucune preuve que celui-ci ne sera pas contagieux le mois suivant. En outre, le département de l’Agriculture des États-Unis admet que les tests ne peuvent déceler l’apparition précoce d’une infection en évolution. Le public ne peut avoir aucune certitude qu’une épreuve annuelle de tuberculose chez les éléphants dans leur cirque est un gage de non-contagion.

Les autorités frontalières canadiennes pourraient-elles déterminer si un éléphant importé est positif à l’épreuve de tuberculose?

Depuis les dernières années, le public canadien devient de plus en plus préoccupé par l’importation de routine d’éléphants qui ont obtenu un résultat positif à l’épreuve de la tuberculose ou qui ont été exposés à la maladie. Pour parer à ces inquiétudes, Agriculture Canada et Santé Canada invoquent toutes deux les inspections vétérinaires qui ont lieu à la frontière. Mais en réalité, les éléphants pourraient être atteints d’une tuberculose en pleine évolution sans démontrer aucun symptôme. Même un vétérinaire d’expérience auprès d’animaux exotiques aurait peu de possibilité d’identifier les symptômes de la tuberculose. Les vétérinaires frontaliers du Canada à l’emploi d’Agriculture Canada n’ont aucun antécédent auprès d’animaux exotiques tels que les éléphants. Ils auraient encore moins de possibilité de déterminer si un éléphant était positif pour la tuberculose. Lors d’une inspection d’éléphants de la Hawthorn Corporation par un vétérinaire à la frontière de Lacolle (Québec), le Réseau Action Globale a été ébranlé en constatant le niveau d’inspection. On n’a pas fait descendre les éléphants de la remorque. Le vétérinaire a tout simplement utilisé sa lampe de poche à partir d’une petite fenêtre dans le côté de la remorque et a procédé à une inspection visuelle superficielle. Le vétérinaire avait déjà admis qu’il n’aurait pas su déceler la présence de tuberculose chez un éléphant.

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